Entrevue avec David Daumer, artisan dans l’éco-conception-Web

Publié le 07 Mar 2025

Écrit par Les 2 Sacs

Introduction

Dès le début du projet, j’avais besoin d’un espace où je pourrai directement échanger avec notre communauté « Les 2 sacs », un lieu où l’on pourrait se retrouver, échanger, s’informer, se divertir … une plateforme web.

Le numérique a transformé nos vies, mais il n’est pas sans impact sur l’environnement. En France, il représente 2,5 % de l’empreinte carbone annuelle et 10 % de la consommation électrique, des chiffres en constante augmentation (voir le site développé par l’Ademe ici).

Pour limiter cet impact, il est essentiel de réfléchir à la manière dont on conçoit et utilise les outils numériques. C’est là qu’intervient David Daumer, qui intègre l’éco-conception dans son métier. Aujourd’hui, il nous partage son expérience, notamment à travers sa collaboration avec Les 2 Sacs, pour nous montrer qu’un web plus léger est possible.

On ne déplace pas une feuille avec un bulldozer, c’est pareil sur le Web

L’entrevue

Bonjour David,

Est-ce que tu peux te présenter rapidement et nous raconter comment tu es devenu webmaster ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de rendre ton métier plus respectueux de l’environnement ?

Je m’appelle David Daumer et je suis UX/UI Designer et développeur en éco-conception Web. Pour faire simple, je crée des interfaces web, par exemple des sites web, avec le moins d’impact sur l’environnement. Et oui le numérique n’est pas en reste en termes d’impacts environnementaux.

J’ai commencé le freelancing en juillet 2019 en tant que Web Designer. J’adorais mon métier cependant, mes valeurs personnelles ne coïncidaient pas avec mon métier. Je ne pouvais pas continuer sur cette voie sans penser à l’environnement et à l’humain.
De plus, je constatais que le numérique avait un impact plus que certain, sur l’environnement. Pendant 6 mois je me suis donc intéressé à cet impact et j’ai découvert l’éco-conception dans le bâtiment qui m’a amené à l’éco-conception Web.

Aujourd’hui, je suis heureux de faire mon métier et de lier au mieux mes valeurs écologiques et humaines aux choix que je fais au quotidien.

On ne pense pas souvent au web comme à quelque chose de polluant. Est-ce que tu peux nous expliquer, simplement, pourquoi un site internet peut avoir un impact écologique ?

Un site web peut vraiment avoir un impact écologique.

Il ne faut pas juste considérer la création du site web dans la forme absolue de l’impact environnemental. Mais disons le clairement, elle fait partie du lot.

Selon l’ADEME, 78% de l’impact environnemental du numérique sur les émissions de gaz à effet de serre est engendré par la phase de fabrication (extraction de métaux rares, transports, nettoyage,…).
21% de l’impact est dû à son usage.

Sans ordinateur, sans smartphone, tablette et j’en passe, le site n’est pas consultable. Sans un serveur, le site ne peut pas être stocké et donc ne peut être affichable par les users (utilisateur/utilisatrice). Sans réseau wifi, 3G, 4G, les données ne peuvent être transférées entre le serveur et la page demandée par les users.
Un site web n’est pas juste un site web.

Plus le site web est lourd et complexe, plus il faudra du stockage sur les serveurs, augmenter les capacités des téléphones, avoir un bon réseau pour bien afficher les éléments du site web. Je vous invite à lire le livre de Scott Jehl, Design Web responsive et responsable qui traite de l’utilisation de Facebook dans certaines régions d’Afrique.

Ta démarche

Quand tu travailles avec des clients comme moi, comment intègres-tu cette démarche dans ton quotidien ? Est-ce qu’il y a des échanges spécifiques pour sensibiliser ou adapter les choix techniques ? Comment mesures-tu l’impact (éco score…) ?

J’intègre la démarche dans tout le processus de création de l’interface digital et ce dès la compréhension du besoin jusqu’à la mise en ligne et l’optimisation côté serveur.
Il faut savoir qu’avant et après le développement, l’impact environnemental peut être réduit à 80%. Un travail est donc à faire en amont sur la partie fonctionnelle du projet et après sur la partie technique.
Lors de L’UI Design et de l’UX Design que ce soit l’arborescence du site web, zoning ou bien encore des maquettes en fil de fer, nous commencerons à apposer les choix client en lien avec l’éco-conception Web.
« Selon le Standish Group, 80% des fonctionnalités sur un site web ne sont jamais ou rarement utilisées. »
Chaque demande et élément souhaité doit être réfléchi : Est-ce judicieux de le faire ? Y a-t-il des alternatives pour créer l’élément pour qu’il soit moins coûteux en termes de poids et de requêtes ? Cette fonctionnalité sera-t-elle supportée sur ce type de terminal et sera-t-elle accessible dans une région où la couverture réseau mobile n’est pas bonne ?
Certaines choses peuvent être déjà préconisées : Réduire le nombre de fonts, ne pas utiliser de vidéo, privilégier la saisie assistée à l’auto-complétion…

Une fois la sobriété fonctionnelle faite, nous passons sur la sobriété technique. Le développement sur-mesure est obligatoire si on veut un site web éco-conçu. Souvent, les CMS comme Wix, proposent des thèmes qui embarquent énormément de choses pour simplifier au maximum le développement du site internet (librairies, extensions, builder…), mais sans penser à l’environnement. Ces thèmes sont souvent lourds et ça se voit lors de la navigation sur le site. L’utilisation de Frameworks n’est pas non plus une bonne solution, car ils sont très lourds (Bootstrap,…)
. Plusieurs choses sont à prévoir : le traitement des images, l’utilisation de langages peu lourds, utiliser des animations CSS à la place du JS, Spritesheet, privilégier les GIFs aux vidéos mais avec parcimonie, travailler par degré d’amélioration, limiter le recours aux plug-ins…
Une fois que le site web est en ligne, nous allons pouvoir le booster davantage pour réduire les délais de chargement, réduire le nombre de requêtes ainsi que le nombre d’éléments du DOM :
Utilisation de caches, le lazy-load, compressions CSS / JS,…
Pendant tout le processus créatif, la sensibilisation est donc omniprésente et une formation à l’utilisation et au respect de l’éco-conception est réalisée.
Concernant la mesure de l ‘éco-conception j’utilise plusieurs choses :

  • Écoindex de Green-IT : poids, requête, consommation d’eau douce, elts, estimation GES, consommation électrique
  • Pingdom tools et google page speed : information vitesse d’affichage, chargement complet, elts bloquants, accessibilité…

Notre collaboration

Qu’as-tu pensé de notre collaboration ? Un message pour celles et ceux qui hésitent encore à intégrer des l’éco-conception dans le développement de leur plateforme web ?

La collaboration a été super. J’accorde beaucoup d’importance à la bienveillance, la transparence et la bonne humeur dans les relations. Pour moi elles sont vraiment les piliers d’une bonne collaboration.

L’éco-conception est encore nouveau surtout en France mais elle est et devient primordiale.

On commence à voir apparaître des choses intéressantes d’un point de vue législatif comme la loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique). Cette dernière vise pour le moment à sensibiliser et responsabiliser les entreprises et les acteurs publics aux enjeux de l’impact du numérique sur l’environnement. Mais j’ai bon espoir que celle-ci devienne plus dure pour que les gens ne prennent pas seulement conscience mais agissent.

Conclusion

Un dernier mot pour conclure ?

De plus en plus d’acteurs dans tous les domaines agissent en faveur de l’éco-conception et sans bullshit, c’est rassurant pour le futur même si le travail ne fait que commencer.

Retrouver David sur internet

LinkedIn : @daviddaumer
Site internet :www.daviddaumer.com